Convictions et tradition éducative à l'AssomptionExposé de sr Thérèse Maylis au séminaire des chefs d'établissements à Cannes en
novembre 2008
(extraits)
Quelques phrases de Marie-Eugénie éclairant le titre de cet exposé :
Convictions : "L’éducation à l’Assomption va surtout à donner des convictions, à enfoncer des racines, qui tôt ou tard, portent leurs fruits." (M.E. vol 33, n°9898, 1880 à mère Madeleine-Eugénie, supérieure de Poitiers de 1870 à 1882, avant de l’être à Lourdes de 1884 à 1889)
Tradition éducative à l’Assomption : "Aider, par l’enseignement, l’ennoblissement, la force, le détachement communiqués aux générations naissantes, aux réalisations à venir." (M.E. Vol. VIII, 12 mars 1844, n°1610)
Education transformatrice : personnellement, sur la famille, la société…
"Personne, plus que nous, n’a été fondé en vue de cette société de l’avenir dont nos vœux hâtent l’avènement." (M.E. Vol.X, 21 mars 1848, n° 1922)
Par rapport à une nouvelle fondation, comment se situe Marie-Eugénie ? Quelles sont ses convictions d’après son expérience et sa foi découverte ? (plus tard, elle dira : reçue ; don plus que conquête.)
- Le désir d’insertion dans un grand mouvement catholique, l’influence de ses illustres contemporains. (Ici, il faudrait parler de l’école menaisienne et de son influence sur la fondation.) Sauver la patrie en la retrempant à la source de la vérité.
Dans notre temps, il y a une croisade catholique, la croisade du Seigneur, la croisade de la foi. Et moi aussi, je veux apporter une pierre à l’édifice de gloire et de salut que construisent d’humbles architectes et, s’il le faut, je veux mêler ma goutte de sang au leur… Ainsi quand depuis un an, mon cœur battait au nom de mes contemporains, illustres défenseurs de la foi, La Mennais avant sa chute, Lacordaire, Montalembert, et tous les autres, que je rêvais d’être homme pour être comme eux grandement utile, que je me disais qu’ils sauvaient la patrie en la retrempant à la source de la vérité, je ne pensais guère qu’il me serait peut-être donné à moi, pleine de misères et de faiblesses, de m’associer à leurs grandes destinées. Et pourtant cela est, car mon humble sacrifice, s’il est complet, Dieu le bénira, comme leurs pensées grandioses ; peut-être ferai-je de grandes œuvres, peut-être aurai-je des saintes pour enfants, et peut-être auront-elles à leur tour de grandes influences de salut. Tout cela se peut, si je sais seulement mourir assez parfaitement à moi-même pour que Jésus Christ y vive, le Dieu qui daigne y descendre. Alors, il y mettra ce dont il daigne récompenser, quelles merveilles d’amour ! Là devant il n’y a qu’à s’anéantir et à adorer. (Vol.II, n°154/10)
- La reconnaissance des méthodes intelligentes nouvelles, des germes catholiques, du mouvement effectué en ce sens, et le respect des congrégations existantes.
Il m’est venu aujourd’hui en pensée en priant en mémoire de l’Assomption et méditant ce mystère sur mon chapelet, qu’il ne nous conviendrait jamais de prendre pour devise : la femme a été élevée, ni de croire être appelées à faire une révolution dans l’éducation et les ordres religieux.
Pour entrer dans l’esprit de saint François de Paule, de saint François de Sales, il nous conviendrait mieux de dire et de penser que, trop peu courageuses pour embrasser les austérités contemplatives, la clôture et les sévérités des ordres établis, il nous a paru qu’on pouvait encore après eux glaner dans le champ de l’Eglise, qu’une famille tendrement unie où la vie fût fervente et sérieusement religieuse pourrait encore être utile à des âmes de notre trempe qui y serviraient Dieu d’une manière conforme à leur faiblesse ; que l’éducation religieuse étant un besoin du temps actuel, il nous a paru que cette nouvelle famille devrait s’y consacrer et tâcher d’y faire entrer toutes les méthodes intelligentes nouvelles, tous les germes catholiques, tout le mouvement effectué en ce sens et que nous mettant sous la protection de la sainte Vierge miséricordieuse, nous prenions le patronage de son Assomption, mystère de ses gloires qui nous remplit de joie, d’espérance et sert de soutien, de consolation à notre faiblesse et que nous espérons qu’elle accueillera notre intention d’honorer ce jour de sa fête que les Anges et les saints célèbrent dans le ciel. [...] Jésus Christ, Marie, l’Eglise, voilà toute notre devise. (4 avril 1838-Vol.II, n°161)
C’est la charité qui doit nous dévouer au service moral du prochain ; c’est elle qui doit nous unir profondément à tous les corps de religieuses enseignantes, à toutes les institutions, à tous les Ordres de l’Eglise, quand bien même ils blâmeraient quelquefois notre manière de voir. ( A Joséphine de Commarque -22 novembre 1838-Vol.V, n°1176.)
En conclusion de ces fondements,
Un projet nouveau d’enseignement et d’éducation pour les filles,
* ayant pour point de départ l’expérience personnelle et l’analyse de la société,
* inspiré par une vison de la femme et de son rôle
* dans la conscience de la grandeur et de la difficulté de la tâche, mais la certitude, la conviction de sa nécessité pour le temps présent et à venir.
Quelques points :
* développer et christianiser l’intelligence, ou unir culture et foi.
* rendre la volonté capable de renoncement et de sacrifice.
* former la personnalité entière : sensibilité, intelligence, volonté, un caractère trempé.
* cultiver les vertus naturelles : droiture, simplicité, honnêteté, bonté, justice (expérience de la pauvreté) etc.
* ouvrir à plus grand, plus large, dans une vision épanouissante de la mission de chacun sur la terre.
Aujourd’hui comme hier,
Avec la même conviction,
Appuyés sur les mêmes fondements,
Dans une tradition vivante
D’enseignement et de pédagogie
Pour un projet pastoral dynamique, ouvert à la vie et à l’avenir.